Bon, accrochez-vous, je vais vous faire une liste des formes de tourisme. Liste non exhaustive, car il y en a beaucoup. Vraiment beaucoup. Par exemple, Wikipédia évoque le tourisme-réalité (pour découvrir le monde tel qu’il est depuis les bidonvilles jusqu’aux bordels), la taphophilie (passion pour les cimetières, l’œnotourisme (pour les amateurs de vin) voire le tourisme brassicole (si vous préférez la bière). Autant dire qu’il y en a pour tous les goûts… d’autant plus que rien ne vous empêche de créer votre propre concept touristique ? Du genre le papytourisme, pour discuter avec les personnes âgées de votre pays de destination. En vrai c’est bien comme idée, il faudra que je la brevette.

Blague à part. Il existe plein de branches touristiques, mais on peut tenter de les réunir en plusieurs grandes familles – qui peuvent parfois se rejoindre ; ainsi, le tourisme de masse étend son ombre partout (grrr).

 

1) Le tourisme de masse

Allez, commençons par l’incontournable. Lui, c’est le grand méchant dont on est un peu tous des sbires. Il est le fast-food du voyage : on en voit beaucoup mais la qualité est souvent moindre, puisqu’on côtoie des musées bondés, des restaurants si peu traditionnels que le serveur parle couramment l’espagnol, l’arabe et l’allemand, les principaux sites intéressants sont payants ou accessibles seulement à certaines heures, les centres-villes sont gangrenés par les hôtels et les boutiques de souvenirs made in China. Ajoutez à cela que ces destinations sont tendance, on s’y rend souvent parce qu’on en a « tellement entendu parler » ; pas d’effort de recherche, pas de goût du risque, et je ne parle même pas du timing serré des voyages organisés… Ah, et j’oubliais le meilleur : LES PETITS TRAINS POUR TOURISTES.

Donc, certaines destinations captent des flots de touristes à coups de pubs, promos et d’agences de voyages. Les professionnels du tourisme s’enrichissent, les loyers deviennent exorbitants, les paquebots se multiplient, l’environnement est saccagé et l’économie déséquilibrée, les obsessifs des selfies vous bloquent le passage et s’imaginent que vous parlez tous leur langue… Et j’en passe. Bref, adieu l’authenticité, et vive la cartepostalisation.

Vous l’aurez compris, le tourisme de masse, c’est pas trop mon verre de bière. Même s’il est très difficile de résister à quelques coupables exceptions (note : si chacun fait « quelques exceptions » dans le genre, ça suffit amplement à saccager notre environnement. Joie !).

Il peut rejoindre, entre autres, le tourisme balnéaire (plages étouffantes de monde), montagnard (vive le ski), culturel (vous avez réussi à vous approcher de la Joconde, vous ?) et s’efforce de pervertir les formes de tourisme alternatives, en drainant les personnes qui cherchent à voyager utile et se retrouvent à payer mille euros pour passer une semaine dans un village perdu au milieu de l’Afrique, pour « aider ». Arnaque ? Mais nooon.

 

2) Le tourisme culturel

Tourisme culturel et tourisme de masse: le Colisée

Quand le tourisme culturel se confond avec le tourisme de masse… Ici à Rome.

Il consiste grosso-modo à vous instruire pendant vos vacances, à découvrir différentes cultures, et éventuellement vous la péter, soit pendant votre séjour, soit à votre retour. Les selfies importent moins que la date de création du premier fromage dans le Périgord. Ça peut être très intéressant – mais, par pitié, réfléchissez à deux fois avant d’emmener vos enfants.

Cette forme de tourisme concerne souvent les monuments : investir les lieux où s’est forgée l’histoire d’un pays sous ses différents aspects : tourismes politique, industriel ou religieux.

… ou les plaisirs de la table : œnotourisme (vin) ou tourisme brassicole (bière), pescatourisme (comment pêcher du bon poisson fort bien goûteux… Gollum, sort de ce corps), etc.

Si vous aimez visiter les villes, vous êtes plutôt « tourisme urbain », et si vous kiffez la campagne et le fonctionnement des fermes, c’est l’agritourisme qui vous tente.

Si vous n’avez pas peur d’enfreindre deux-trois lois et violer quelques propriétés privées, vous pouvez tenter l’urbex. À savoir l’exploration des villes en dehors des sentiers battus : bâtiments, catacombes, entrepôts déserts, toits, clochers… L’idée est d’entrer sans l’autorisation des proprios s’il y en a (les vampires sont donc exclus de cette activité), et d’explorer sans rien casser (l’urbex se démarque fièrement du vandalisme). En prime, vous pourrez même finir la nuit au poste de police. Derrière l’illégalité et les éventuelles considérations éthiques, l’urbex me paraît intéressant pour l’association entre découverte d’une culture a priori pas très exotique (souvent sa propre ville) et les sensations fortes.

 

3) Tourisme et nature (ou ce qu’il en reste)

Au début, ce type de vacances vise à se rapprocher de Dame Nature, respirer un bon coup et découvrir les beautés méconnues de la Terre souveraine. Par exemple le tourisme vert / écotourisme. Sauf que la massification de l’industrie touristique est passée par là et qu’elle a dézingué pas mal de trucs, mais on ne va pas s’attarder là-dessus. Le tourisme balnéaire a été particulièrement ravageur.

Si, comme moi, vous aimez visiter les capitales mais que les bâtiments vous emmerdent un peu par moments, que vous fuyez les musées et que vous adorez vous perdre dans d’immenses parcs, alors le tourisme de jardins vous parle. Quand on vous dit qu’il y a un nom pour tout.

Je ne m’attarde pas sur le tourisme fluvial, ou montagnard, ou rural, parce que vous connaissez sans doute. Sinon, revoyez vos cours de géo du collège. Il y a aussi le géotourisme qui s’attache à un lieu et à la culture locale.

À mon avis, si l’on veut vraiment découvrir la nature et sortir des chemins battus, le mieux est d’avoir l’esprit un peu sportif. Les randonnées en montagne, le cyclotourisme (des gens qui longeront les côtes écossaises à vélo en pleine tempête), ou, plus globalement, le tourisme d’aventure : lequel inclut tout ce qu’on peut faire d’exaltant si l’on n’a pas peur de prendre quelques risques : kayak, escalade, parapente… L’aventure, quoi !

 

4) Les pèlerinages en tous genres

Il s’agit de façons de voyager axées sur le spirituel : se découvrir, philosopher, prier et tout le tintouin.

Forcément, vous pensez aux pèlerinages religieux : Lourdes, Saint-Jacques de Compostelle, La Mecque et j’en passe. Beaucoup de gens sans religion ont font d’ailleurs, justement pour l’aspect spirituel, pour se redécouvrir ; évidemment, ça marche mieux si vous y allez en marchant qu’en prenant l’avion.

Dans la famille « spirituel », il n’y a toutefois pas que les pèlerinages à proprement parler. En effet, il existe aussi le tourisme de mémoire : ça rejoint le culturel, mais en plus philosophique puisqu’il s’agit de commémorer des épisodes douloureux de l’histoire humaine. Comme Oradour-sur-Glane (encore un truc que mes parents m’ont fait voir quand j’étais gosse, et après on s’étonne que je tue mes personnages de roman).

Si vous souhaitez aller plus loin, il existe la taphophilie qui consiste à visiter les cimetières. S’ils sont infestés de zombies, c’est encore mieux.

Bref, vous l’aurez compris, il existe quelques dérives parfaitement cheloues, ce qui nous mène au point suivant.

 

5) Le tourisme chelou

Certains touristes assument complètement leur voyeurisme et adorent visiter des endroits sinistres où beaucoup de gens ont souffert. C’est le tourisme noir : découvrir Auschwitz non plus pour des raisons spirituelles, mais pour se rassasier de souffrance. Apparemment, les fosses communes du Rwanda seraient assez tendance ellesaussi.

Plus dangereux, voire encore plus chtarbé, il y a le tourisme de guerre. Youpi, visitons un pays où des enfants portent des armes, où des soldats violent en série les villageoises et où le marché local peut se transformer à tout moment en champ de tir. Si vous n’avez pas peur de trébucher sur une mine antipersonnelle, c’est bandant.

Mais ce n’est pas tout.

Il y a le tourisme sexuel, dont vous aurez compris l’idée sans que j’aie besoin de vous dessiner une t**b, le tourisme de la drogue (pour découvrir de nouveaux cieux, apparemment les Pays-Bas seraient assez prisés)… ou même le tourisme de naissance : vous êtes enceinte de neuf mois et souhaitez que votre fils ait la nationalité anglaise ? Qu’à cela ne tienne ! Allez visiter les Cornouailles, accouchez en toute sérénité et profitez du droit de sol.

S’il y a une chose que l’on peut reconnaître à l’humanité, c’est son inventivité.

 

6) Tourisme pratique

Pour rebondir sur le tourisme de naissance, mais en légèrement moins chelou, vous avez plein d’autres raisons de voyager : le tourisme médical (il existe même un sous-genre, le tourisme dentaire, comme si réparer ses dents à l’étranger était la meilleure façon de passer ses vacances), ou d’affaires : vous vous apprêtez à conclure un contrat et en profitez pour découvrir la ville aux frais de l’entreprise – ouais, c’est aussi con que ça. Oui, bon, je caricature, mais cet article ne fait pas dans la dentelle, vous l’aurez compris.

 

7) Tourisme alternatif et engagé

Vous en avez marre des trucs vus et revus, des endroits blindés de monde ? Des formes de tourisme alternatives se développent. Attention aux arnaques.

J’évoque déjà le volontariat et le Woofing dans cet article. C’est à mon avis une façon formidable de voyager à moindre frais, de découvrir le quotidien des populations locales, de pratiquer une langue et se sentir utile.

Plein de concepts existent rejoignant la même idée : le volontourisme, le tourisme solidaire (lequel vous permet plus spécifiquement d’aider une communauté entière, et pas seulement votre hôte). Le tourisme autochtone et le ou celui qualifié de « participatif » insistent également sur l’importance de soutenir les populations locales : exit les chaînes hôtelières, donc. Naturellement, dans le tourisme alternatif, la nature est parfois mise à l’honneur via l’écotourisme par exemple.

Tous ces concepts rejoignent celui d’un tourisme durable, plus respectueux de l’environnement et plus juste économiquement, le tourisme équitable (qui insiste sur les bénéfices apportés à toute une communauté, à l’opposé du déséquilibre économique du tourisme traditionnel). Ou encore le tourisme responsable – ou éthique – qui signifie grosso-modo la même chose. Comme si chacun voulait inventer sa propre expression pour paraître plus altermondialiste que les autres.

Le tourisme social renvoie quant à lui à une autre réalité : ce sont les gens qui d’ordinaire n’ont pas les moyens de partir en vacances mais à qui divers organismes leur viennent en aide, finançant partiellement leurs voyages. Chouette, eux aussi vont pouvoir faire la queue devant la Sagrada Familia.

Le tourisme-réalité vise quant à lui à lutter contre la cartepostalisation, c’est-à-dire visiter des lieux trop lisses et trop touristiques. Il s’intéresse aux lieux du quotidien, la façon dont vivent les populations indigènes. Le concept est très intéressant, mais peut entraîner des dérives inquiétantes. Certains souhaitent tellement se confronter à la réalité qu’ils se retrouvent dans des bordels, des hôpitaux ou les quartiers miséreux d’une ville du Tiers-Monde. Bref, ça peut conduire au voyeurisme.

De ce que j’ai pu voir, ces formes de tourisme sont souvent peu chères car elles vous poussent à mettre la main à la pâte dans les communautés locales, qui dans certains cas vous logent gratuitement, ou à moindre coût. Donnant-donnant. Fuyez les agences de voyages, les fausses « associations » et autres organismes « humanitaires » qui vous demanderont mille euros ou plus pour vous permettre d’aider des communautés locales pendant une semaine (de façon plus symbolique qu’utile d’ailleurs).

 

8) Tourisme post-contemporain

Dans la France de l’époque post-contemporaine, de nouvelles formes de tourisme se développent. Pour le meilleur et pour le pire.

La façon de voyager la plus cheloue reste le tourisme aléatoire que je développe dans un autre article : vous ne savez pas où vous allez, jusqu’au moment où vous y êtes (et encore).

Le tourisme spatial se développe également, encouragé par la Strac Agency qui lance son premier hôtel spatial au début des années 50.

Les vacances 2.0 se développent également avec l’e-tourisme, qui consiste grosso-modo à visiter une ville via Google Street View, voire, selon une version plus onéreuse, voyager par procuration grâce à un type sur place qui porterait une caméra au front. Vous avez aussi des arnaques comme le pseudo-tourisme dont le seul objectif est de vous fournir des clichés photoshoppés de vous devant le bâtiment touristique de votre choix, par le temps que vous aurez choisi. Les photos de personnels d’entreprise posant sur la Lune sont ainsi très appréciées, notamment chez les Shadonistes.

Enfin, le mouvement nocturne propose de découvrir votre destination… pendant la nuit. Une autre façon de fuir la foule et de se rapprocher de la nature. Forme de voyage alternative, spirituelle et écolo, elle est assez représentative de la mentalité noc’.

 

Conclusion

Je suis conscient que ça fait un peu listing, mais peut-être que vous aurez trouvé de nouvelles idées pour votre prochain voyage. Pour vous donner mon avis, la multiplication des formes de tourisme et de nouveaux concepts dans cette industrie très rentable (sauf en ce moment) témoigne d’un désabusement général : on veut tester de nouveaux trucs parce que les anciens nous ennuient… jusqu’à ce que les nouveaux nous ennuient à leur tour. C’est l’industrie touristique qui s’emballe complètement, quoi.

 

Sources (consultées le 11 octobre 2020) :