Engagement : soutenir des combats en étant auteur

On a tous des causes qui nous tiennent à cœur.

Lorsqu’on est auteur, on a tendance à glisser une partie de notre vision du monde, de nos valeurs, dans nos histoires.

Chose que l’on ne manque pas de rappeler aux potentiels lecteurs que l’on croise dans des salons du livre, ou ailleurs… parfois, avec force bullshit : on en fait des tonnes sur certaines thématiques en se donnant le rôle de l’artiste valeureux, et en espérant qu’on va changer le monde avec nos bouquins.

J’exagère un peu… mais c’est fou comme, parfois, on tord inconsciemment nos discours pour essayer de vendre un produit… et comme, tout aussi inconsciemment, on se persuade soi-même que oui, nous sommes des personnes formidables, quand même.

Cela dit : oui, l’art a cet intérêt, et cette responsabilité, de pouvoir améliorer le monde de façon discrète.

Mon avis : ce n’est pas suffisant.

Organiser la résistance

Face à la montée du fascisme, à la misanthropie de plus en plus assumée d’une partie de la population (du moins est-ce mon impression), au désabusement général, à la tentation de baisser les bras car « c’est foutu », il est devenu urgent d’agir.

Et pas juste de façon symbolique, de temps à autre, quand on a le temps.

Il faut y dédier une bonne partie de son énergie.

Et ce n’est pas simple, lorsque, comme moi, on n’a pas une foi mirobolante en l’humanité, qu’on est un pessimiste de nature, qu’on est au bord du burn-out tous les 3 mois, et que l’on se dit que tout ça ne mènera peut-être pas à grand-chose.

Pourtant, le calcul est assez simple : la seule manière de rendre le monde meilleur (ou moins pourri, pour les pessimistes), c’est en agissant concrètement.

Ce sont des personnes qui se sont battues (pour nos droits, pour l’environnement, etc.) qui ont amené un peu de lumière en ce monde. Pas celles qui ont dit : « j’ai la flemme ». Comme on ne peut plus attendre grand-chose des « pourris d’en haut », et comme l’argument « je ferai quelque chose quand les autres auront montré l’exemple » est effarante de mauvaise foi et d’irresponsabilité, c’est à nous d’agir.

La culture n’est plus assez

L’art joue un rôle immense dans nos représentations du monde. Il a beaucoup aidé à dénoncer le racisme, à légitimer les « petites gens », à montrer des femmes inspirantes, à encourager à l’empathie ou à critiquer le capitalisme… Peu à peu, notre société a remis en question des trucs qui étaient trop considérés comme « évidents ». Tantôt frontalement, tantôt subtilement, les mentalités ont évolué, et c’est en grande partie grâce à l’art.

Mais ce n’est plus suffisant.

D’abord, parce que, désormais, on se contente souvent d’enfoncer les portes ouvertes. Les personnages féminins bad-ass se sont multipliés dans la littérature, les critiques du capitalisme n’apportent pas grand-chose de nouveau le plus souvent…

D’autre part, les choses se sont accélérées. Les fascistes se cachent de moins en moins, les médias ne sont plus fiables, la guerre (contre qui ?) commence à se profiler, la précarité gagne du terrain, l’éducation et la culture pâtissent de politiques procapitalistes, les communautés s’entre-déchirent… On ne peut plus se contenter de « changer le monde par petites touches ». Il faut accélérer le mouvement.

Non seulement la culture n’est plus suffisante, mais à mes yeux, elle commence à devenir un enjeu secondaire. Elle nous fait du bien, elle nous permet de nous évader et de nous faire réfléchir… mais, si on s’enferme trop dans ce système, on finit par enchaîner les soirées Netflix et à nous couper de ce monde qui commence à nous faire vraiment peur… alors qu’on peut encore agir concrètement. Défendre l’art, c’est bien, mais lutter contre la pollution ou la pauvreté, c’est encore mieux.

Et, honnêtement, dépenser autant d’énergie pour vendre mes bouquins en me disant que ça va faire « réfléchir » les gens, ça me paraît presque futile.

L’argent est le nerf de la guerre

Puisque le système est rongé par la plutocratie, que c’est l’argent qui nourrit l’ennemi (en particulier les milliardaires), c’est notamment par l’argent qu’il faut soutenir la résistance.

C’est ainsi que j’ai commencé à mettre en place, pour certains salons, un système : 1 livre vendu = 1€ reversé à une association.

Ça ne me semble pas assez, honnêtement. Ça fait un peu trop « l’euro symbolique pour se donner bonne conscience ». Mais, vu que je perds déjà de l’argent avec mon activité, je n’ai pas envie de m’enfoncer dans un gouffre financier, non plus. L’idée est de trouver un équilibre entre mes valeurs et ma survie.

Le concept me paraissait intéressant à divers titres. D’abord, parce qu’il permet de soutenir financièrement certains organismes. Ensuite, parce qu’il rappelle aux gens que oui, on peut agir, et que plus il y a de gens qui agissent, et plus ils agissent concrètement, mieux ça sera. C’est aussi ce genre d’initiatives qui nous redonnent un peu de foi en l’humanité ; cette foi qui vacille de plus en plus souvent car on regarde le dark side de l’Homme mis en avant par tous les médias.

Et qui sait : peut-être que l’idée de soutenir une cause peut inciter certains lecteurs hésitants à m’acheter mes livres, ce qui compenserait en partie les pertes occasionnées par les dons sur mon budget « autoédition » déjà bien troué. Oui, je ne perds pas de vue ma survie personnelle, non plus.

Bref, c’est une technique qui marche assez bien, selon moi. Pour preuve, je suis loin d’être le premier à le faire. J’ai vu des auteurs bien plus ambitieux que moi, qui reversaient un tiers des revenus de tel ou tel roman à une association chère à leur cœur.

Mais commençons petit, n’est-ce pas ?

L’important est :

  • de procéder par étapes, dans la mesure de mes moyens, afin de ne pas me mettre dans la m***e. D’ailleurs, si je veux que mon exemple (et celui des auteurs qui m’ont précédé) en inspire d’autres, il est vital que je ne sois pas perçu comme le brave inconscient, et que l’initiative paraisse viable ;
  • d’avoir conscience que cette initiative est vitale, mais très limitée, et de ne pas pas me prendre la grosse tête juste parce que je donne une infime partie de mes revenus ;
  • de communiquer dessus, d’abord pour inspirer d’éventuels collègues (puisque c’est en partie le but), mais aussi, pragmatiquement, parce que lorsqu’on est un professionnel, c’est toujours bien de dire quand on fait un truc bien… du moment qu’on le fait avec sincérité et qu’on n’en fait pas des tonnes là-dessus juste dans l’espoir de redorer son image.

Avec le temps, peut-être que de nouvelles idées me viendront ?

Ceux que j’ai soutenus au cours de salons

Depuis le marché de Noël 2025, plusieurs associations ou initiatives ont pu bénéficier de cette stratégie :

Champ d’actions

Association soutenue à plusieurs occasions :

  • marché de Noël du FabLab Artilect (20-21 décembre 2025), à Toulouse
  • salon ImaginaLivres (11-12 avril 2026), à Portet-sur-Garonne

Ce qu’elle fait : l’asso Champ d’actions organise des actions de nettoyage de la Garonne et sensibilise à la pollution ! Grâce à sa commu de malade, elle a battu quelques records ; mais le travail à accomplir reste immense. Pour participer à ses actions, pas besoin d’adhérer à l’association. Vous pouvez tout simplement vous inscrire ponctuellement à une sortie de nettoyage (souvent le dimanche).

Pourquoi Champ d’actions : le soutien à cette association était une évidence… étant donné que j’y suis bénévole depuis 2021, et qu’elle a inspiré « Sauvons vite la Terre » dans mon roman Le Naufrage du Dragkfest. En revanche, n’écoutez pas les cofondatrices de l’association si elles prétendent avoir inspiré Mme Simon 😉

Pour en savoir plus : vous pouvez consulter le site champdactions.com, mais il n’est pas toujours à jour. En revanche, sa page Insta est mise à jour régulièrement, et vous pouvez vous inscrire à des action sur JeVeuxAider ou J’agis pour la nature.

Montant récolté : 29€ en décembre 2025, 12€ en avril 2026 (virement reporté suite à un problème technique). Bonus : 2€ à Yapla, la plateforme qui reçoit ces dons.

Framasoft

Association soutenue le 7-8 février 2026 au marché des créateurs du FabLab Artilect (Toulouse).

Ce qu’elle fait : Framasoft est une asso développant des logiciels libres alternatifs, afin de contrebalancer l’hégémonie des GAFAM : alternatives à Google Docs, YouTube, Google Forms… L’actualité nous rappelle que ce combat devient urgent, notamment depuis que les milliardaires américains soutiennent explicitement Donald Dumb. Et en France, ce n’est pas beaucoup mieux…

Pourquoi Framasoft : si je n’utilise que très ponctuellement les outils Framasoft, je partage son combat pour les outils numériques alternatifs aux GAFAM, et j’adore les logiciels comme LibreOffice, Mozilla Firefox, le moteur de recherche Ecosia… Et puis, tant qu’à me moquer des start-up dans Bienvenue à Kaliméra, autant soutenir les alternatives.

Pour en savoir plus : consultez son site Internet.

Montant récolté : 13€.

Votes_Assemblee_Nationale

Soutenu au marché des créateurs du FabLab Artilect (31 mars 2026), à Toulouse).

Ce qu’il fait : géré par un individu isolé qui fait un compte-rendu de certains votes à l’Assemblée nationale. Qui a voté quelle loi, quels sont les arguments pour et contre… Ce qui permet, à terme, de mieux comprendre les tendances de chaque parti politique, sans passer par les interprétations plus ou moins fiables des médias.

Pourquoi Votes_Assemblee_Nationale : vu toutes les polémiques et la manipulation pro-fasciste qui ont fait suite à la mort d’un facho lyonnais, je me suis dit que ce ne serait pas mal de soutenir des médias indépendants qui ne dépendent pas de milliardaires. J’ai demandé l’avis de mes abonnés sur mes réseaux sociaux. Ils m’ont donné plein de noms différents (je ferai peut-être une liste dans un autre article). Finalement, mon choix s’est porté pour l’initiative Votes_Assemblee_Nationale, qui m’a été recommandé par mon fil Instagram. J’aimais bien le concept, qui était construit, donnait la parole à tout le monde et s’éloignait du bullshit idéologique de tout le monde.

Pour en savoir plus : tous les liens sont sur son Linktr.ee. Vous pouvez soutenir son initiative via un don mensuel et suivre ses publications sur plusieurs réseaux sociaux.

Montant récolté : don mensuel de 2,14€/mois, que j’arrêterai début juin pour correspondre au montant que je m’étais fixé (6 livres vendus).

Conclusion

Bref ! Tout ça n’est pas énorme, mais essentiel, à mon sens.

Et vous ? C’est quoi, votre combat pour rendre le monde meilleur ?


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