Tunnel, décorporation, retrouvailles avec ses proches décédées… Vous en avez certainement entendu parler à maintes reprises, voire avez vécu vous-même ce phénomène aux portes de la mort (certains disent même au cœur de celle-ci). Connu sous le nom d’EMI (expérience de mort imminente) ou de NDE (« Near-Death Experience »), voire d’expérience de mort provisoire, il constitue l’une des plus mystérieuses expériences humaines.

Pour vous y retrouver :

 

Les expériences de mort imminente : there and back again

Qu’est-ce qu’une EMI ?

Ascension vers l'empyrée, tableau du peintre Jérôme Bosch avec la première représentation connue du fameux Tunnel décrit par les EMI.

Jérôme Bosch, La Montée des bienheureux vers l’empyrée, première représentation connue du Tunnel décrit par les EMI (source : Wikipédia).

Voici la définition qu’en donne le Dr Bruce Greyson en 2000 : « Les EMI sont des événements psychologiques profonds comportant des éléments transcendantaux et mystiques et survenant généralement chez des individus proches de la mort ou dans des situations de danger physique ou émotionnel intense. »

Ce phénomène est loin d’être nouveau (même s’il est devenu plus fréquent grâce aux progrès de la médecine). Au Ve siècle av. J.-C., Platon décrivait déjà le « mythe d’Er ». Au XVIe siècle, Jérôme Bosch a quant à lui peint le fameux tunnel dans son tableau La Montée des bienheureux vers l’empyrée.

Ce sujet est très délicat à étudier. Ceux qui reviennent de cette expérience ne s’en souviennent pas toujours, ou refusent d’en parler ; et ceux qui n’en reviennent pas, eh ben, difficile de leur demander comment c’était. Sans compter que ça touche à nos convictions les plus intimes : entre les religions qui tirent la couverture à elles et ceux qui nient tout en bloc, difficile d’être objectif sur la question. Certains, comme le Dr François Lallier, semblent toutefois relever le défi (voir bibliographie).

D’autre part, on en vient à remettre en question certains concepts fondamentaux. Qu’est-ce que la mort ? À quel moment est-on vraiment ad patres ou juste en congés dans l’au-delà ?

Caractéristiques d’une EMI

Chaque EMI est unique. Cependant, un certain nombre d’éléments reviennent fréquemment :

Le tunnel des Expériences de mort imminente (vue d'artiste)

Le fameux Tunnel, aperçu par bon nombre d’expérimentateurs des EMI (création de C.P.Storm, Flickr : https://www.flickr.com/photos/cpstorm/170047842)

  • perception du temps altérée : le temps semble ralenti, ou au contraire s’accélère, voire s’arrête complètement ; il existe même de rares cas de vision du futur – s’agissant de l’avenir du sujet ou de ses proches ;

  • pensées accélérées, voire sensation de tout comprendre : l’esprit est plus performant qu’en temps normal ;

  • revue de vie ou « vision panoramique du passé » : c’est ce fameux moment où l’on voit sa vie défiler devant soi ;

  • sensation de paix, de bien-être, voire de joie ; qui peut aller jusqu’à une sensation de communion, d’harmonie avec le monde extérieur (du moins lors des EMI positives) ;

  • sensations plus intenses que d’habitude ;

  • vision d’une lumière brillante : généralement non éblouissante, attirante ; parfois, on ressent une présence derrière elle. Sa vue provoque souvent un sentiment agréable ; elle est régulièrement liée au fameux tunnel, sombre et sans paroi physique (pas toujours mentionné comme tel d’ailleurs) ;

  • sensation de détachement du corps ou décorporation (OBE : « Out of Body Experience ») : absence de perception de son corps physique, voire vision de celui-ci depuis un point de vue extérieur. Ce phénomène peut conduire à l’observation de ce qui se passe autour du sujet (sa réanimation par ex.), ou même à distance : la personne quitte son corps pour se rendre, de manière plus ou moins volontaire, dans un lieu réel. Le retour dans son corps est souvent désagréable : sensation de froid, d’étroitesse, et retour des perceptions physiques, dont la douleur. C’est le seul élément vérifiable de l’EMI, car l’on peut comparer ce témoignage avec celui de l’équipe soignante ou des proches concernés ;

  • entrée dans un monde inconnu, généralement merveilleux, que les religions interprètent comme un paradis ;

  • perception d’une présence, d’une voix décrite comme télépathique, d’un être mystique ;

  • rencontre avec des personnes décédées ;

  • perception d’une barrière à ne pas franchir, d’un point de non-retour : généralement, les sujets des EMI sont renvoyés dans le monde physique contre leur gré.

Les personnes expérimentant les NDE insistent souvent sur la difficulté de retranscrire leur expérience avec des mots.

 

Quelques remarques sur les EMI

Les EMI négatives

On entend souvent parler des expériences positives de NDE, où les gens se sentent ultra bien et n’ont pas envie de retourner chez les vivants. Cependant, il existe également des EMI négatives, extrêmement traumatisantes, d’autant plus sous-estimées que ceux qui les expérimentent refusent souvent d’en parler. Les sujets ressentent culpabilité, anxiété, voire une véritable terreur (descriptions rappelant souvent celles des enfers).

Ces EMI négatives sont d’autant plus troublantes que ceux qui les expérimentent n’ont pas nécessairement plus mal agi que les autres. D’ailleurs, une EMI négative peut devenir positive vers la fin de l’expérience.

Les EMI partagées

Les EMI d’une personne malade ou mourante peuvent se propager autour d’elles ; les personnes qui les accompagnent, y compris si elles sont en excellente santé, participent ainsi à cette expérience. On appelle ça des « EMI partagées ».

4 % de la population concernée ?

Cette expérience serait plus fréquente qu’on ne le croit : près de 15 % des arrêts cardiaques conduisent à une EMI. Plus une personne est jeune, plus elle a de chances de vivre une EMI (67 % des enfants ayant connu un coma ou un arrêt cardiaque). Différentes études suggèrent que 4 % de la population mondiale serait concernée.

Sachant qu’il est possible d’oublier cette expérience après l’avoir vécue, et que beaucoup n’osent pas en parler – notamment suite à des EMI négatives.

Répercussion des EMI

Il y a clairement un avant et un après. En effet, suite à une NDE :

  • les sujets montrent généralement plus d’empathie pour leurs congénères ;

  • ils ont souvent moins peur de la mort ;

  • ils apprécient davantage les « petites choses », sont moins matérialistes et, à l’inverse, s’intéressent davantage à la spiritualité : toutefois, ils tendent à se détacher des religions ;

  • nombreux cas de stress post-traumatique (reviviscences ou évitements des souvenirs) ou de dépression : sensation d’isolement (peur de ne pas être compris ou d’être perçus comme tarés), changements comportementaux, traumatisme dû à la réapparition des souffrances physiques ou psychologiques, nombreux divorces ;

  • dons « paranormaux » : télépathie, hyper-intuition, prescience, capacité de décorporation (bon, pour cet aspect, les chiffres rassemblés par C. Sutherland me paraissent assez énormes, donc à prendre avec des pincettes) ;

  • guérisons facilitées, voire spontanées ;

  • fun fact : plus une EMI est profonde, plus le sujet a de probabilité de (re-)décéder dans les 30 jours (l’EMI, le Death Note : même combat ?).

 

Explication des EMI : la physique quantique comme piste privilégiée

Des théories insuffisantes

De nombreuses théories tentent d’expliquer les EMI. Dans son ouvrage sur Le Mystère des Expériences de Mort imminente, le Dr Lallier fait le point et les rejette l’une après l’autre :

  • hypothèse de l’hypoxie : baisse du taux d’oxygène dans le sang (phénomène notamment connu par les pilotes d’avions de chasse) ;

  • hypercapnie : augmentation du taux de dioxyde de carbone dans le sang (cf. schizophrénie) ;

  • la DMT (diméthyltryptamine) : un psychotrope très puissant, potentiellement produit par notre corps ;

  • blocage des récepteurs NMDA, qui interviennent dans l’échange d’infos entre les neurones, par l’utilisation de la kétamine (médicament anesthésiant) ;

  • sécrétion d’endorphines : substances anesthésiantes naturellement produites par le corps ;

  • anomalie électrique cérébrale.

Du côté de la physique quantique

D’après Lallier, la physique quantique offre la meilleure tentative d’explication des expériences de mort imminente.

Court rappel : la physique quantique étudie l’infiniment petit et les particules fondamentales de l’univers (jusqu’à preuve du contraire). Il se trouve qu’elles ne répondent pas aux mêmes lois que celles régissant notre « univers macroscopique » ; mais alors pas du tout. Loi de la gravitation, vitesse de la lumière, conception du temps linéaire : oubliez tout ça. À la place, prenez :

  • principe d’intrication : si deux particules sont liées l’une à l’autre, elles sont capables d’interagir instantanément, quelle que soit la distance qui les sépare (y compris des années-lumière). Ainsi, des particules de notre cerveau pourraient être liées à d’autres particules situées à l’extérieur de notre corps ; ce qui permettrait à notre conscience (située hors de notre cerveau) de continuer à exister même si notre corps est complètement déglingué. Ça rendrait possible une conscience partagée, et expliquer notamment les « EMI partagées » ;
  • principe d’incertitude : il est impossible de situer précisément une particule élémentaire dans l’espace ; les physiciens ne sont capables d’estimer leur position qu’à l’aide de statistiques. Ça pourrait expliquer comment les personnes vivant les EMI peuvent se déplacer instantanément et observer leurs proches à des kilomètres de là ;
  • méli-mélo temporel : en physique quantique, le présent, et le passé et le futur n’ont pas beaucoup de sens. D’ailleurs, le futur peut influer sur le présent. D’où l’impression dans les EMI que le temps s’arrête, s’accélère, ou ralentit ;
  • L’effet tunnel : placez un obstacle sur la trajectoire d’une particule élémentaire ; et, parfois, elle fera comme si celui-ci n’existait pas. Or les gens vivant des EMI peuvent voir ou se déplacer à travers les murs. Cela ne vous rappelle-t-il pas les bonnes vieilles histoires de fantômes ?

 

Conclusion

Selon l’explication quantique – la meilleure piste pour expliquer les EMI – l’âme serait immatérielle. Des non-matérialistes comme Roger Penrose vont très loin, allant jusqu’à associer principe d’intrication quantique et loi universelle (tiens, ça rappelle Endymion et Interstellar).

Pour l’instant, néanmoins, pas de quoi valider une quelconque religion. D’ailleurs, le Dr Lallier suggère que les EMI seraient à l’origine des religions (et non l’inverse), et que ce serait les non-expérienceurs qui auraient bâti une série de dogmes tout autour des NDE… puisque les sujets, au contraire, s’en détachent bien souvent.

En attendant, rien ne vous empêche de créer votre propre religion ; vous verrez, c’est fun !

 

Sources

Dr François Lallier, Le Mystère des Expériences de Mort imminente (Paris, éd. Leduc.s Pratique, 2018) : je recommande. Lallier aborde les EMI de manière scientifique, ce qui à mes yeux le rend bien plus intéressant que celui qu’on considère comme le chef de file des non-matérialistes français : le Dr Jean-Jacques Charbonnier (pour avoir lu un bouquin de lui, je l’ai trouvé arrogant, hautement subjectif et ses arguments souvent discutables voire de mauvaise foi).