Le psychomaïeuticien – aussi appelé « maïeuticien » – est un métier apparu au milieu du XXIe siècle. Il ne doit pas être confondu avec les maïeuticiens du milieu hospitalier, plus connus comme « sages-femmes ».

 

Le psychomaïeuticien, ou l’art d’accoucher les esprits

Un peu d’histoire

Débat entre Socrate, le premier psychomaïeuticien, et Aspasia (tableau de Monsiau).

Socrate en plein débat (tableau de Nicolas-André Monsiau trouvée sur Wikipédia).

Pour comprendre ce qu’est la psychomaïeutique, il faut remonter jusqu’à ce bon vieux Socrate.

Celui-ci était connu pour « accoucher les esprits ». L’idée était d’assaillir son interlocuteur de questions sur un thème donné, afin de vérifier la validité ou non de son raisonnement. Dans les faits, Socrate manipulait un peu son monde. Il abusait de la rhétorique afin de prouver qu’il avait raison. En outre, il choisissait toujours un interlocuteur un peu crétin pour se donner le beau rôle. Ou alors il lui donnait l’impression d’être un crétin, ce qui revient au même.

Malgré tout, Socrate est resté un philosophe clé dans la pensée occidentale. Ce n’est qu’à partir des années 2020 que des penseurs préshadonistes ont commencé à remettre en question sa sagesse. En particulier, Louis Santend (Éteignez les lumières, 2025) a analysé son discours, démontrant comment il manipulait son auditoire. Il part notamment de ce constat pour remettre en question une partie de la philosophie occidentale.

Paradoxalement, c’est aussi à cette époque que sont apparus les héritiers directs du socratisme : les psychomaïeuticiens.

 

Un psychomaïeuticien, c’est quoi ?

Le rôle des maïeuticiens est d’interroger un individu afin de vérifier la validité de son discours. En théorie, ça peut être n’importe qui. Cependant, les personnes les plus concernées sont les théoriciens, politiciens, philosophes et dignitaires religieux.

Socrate aimait à peindre la maïeutique comme un art permettant « d’accoucher les esprits ». Les maïeuticiens modernes, eux, préfèrent l’image d’un citron que l’on presse jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de jus à en retirer. En digne successeur de Socrate, un bon maïeuticien amène souvent son interlocuteur à s’apercevoir que ses convictions sont moins fondées qu’il ne le pensait.

Le terrain de chasse favori du maïeuticien est le plateau télé, via des émissions comme Qui a raison ? Cependant, l’entretien peut aussi se faire à huis clos. Dans ce cas, c’est souvent la personne interrogée qui accueille le maïeuticien. Un entretien public est généralement plus stimulant toutefois, d’autant que les proies se retrouvent régulièrement là malgré elles. En effet, si vous êtes célèbre, la confrontation publique à un maïeuticien constitue une étape presque obligatoire. Personne ne vous prendra vraiment au sérieux si vous n’êtes pas passé(e) par là.

 

L’émergence de la maïeutique post-contemporaine

Le besoin de maïeuticiens est venu avec la multiplication de théoriciens en tous genres, en particulier des fanatiques politiques et religieux. La surmédiatisation des émissions accueillant des maïeuticiens leur a conféré une aura indiscutable. Ils sont ainsi parvenus à se rendre incontournables dans la vie intellectuelle des années 2030-2040 et au-delà. On estime que la maïeutique est la seconde grande raison de l’arrêt de l’expansion des grandes religions monothéistes, après la guerre des Trois Confessions.

André Cafard est connu comme le premier maïeuticien. Il était animateur à l’émission Ne cherchez plus : en 2022, lors d’une confrontation en direct avec Alain Loras, un théoricien douteux de l’époque, il l’a harcelé de questions face à un public fasciné. Après un interrogatoire d’une demi-heure, il lui a démontré que tous les livres que l’intellectuel avait publiés jusqu’alors reposaient sur du néant. Loras s’est suicidé deux semaines après.

 

Les psychomaïeuticiens dans la société post-contemporaine

Une popularité relative

La perception des maïeuticiens est ambiguë.

D’un côté, ils sont très populaires chez les sceptiques qui forment une partie importante de la population, notamment chez les noctécolos. Ces derniers adorent voir des intellectuels plus ou moins imbus d’eux-mêmes se faire démonter.

Les maïeuticiens sont également appréciés par certains des plus grands théoriciens de l’époque, qui les invitent souvent chez eux. En effet, cela leur permet d’éprouver leurs nouvelles théories avant de publier un essai. Le philosophe Abdul al-Hakim est connu pour priser tout particulièrement cette méthode. On assiste à un phénomène similaire de la part de certains politiciens qui cherchent à s’entraîner avant un duel médiatique.

D’un autre côté, les croyants (Chrétiens, Musulmans et Shadonistes en particulier) regardent souvent d’un mauvais œil ces individus médiatiques qui ne professent généralement pas d’autre foi que la raison.

En outre, personne n’aime à se trouver en face d’un maïeuticien sur un plateau télé. L’issue en est souvent humiliante pour la personne qui se fait cuisiner, et plus d’une carrière politique en plein élan a été brisée de cette façon.

 

Devenir maïeuticien

Étant donné que le maïeuticien se contente de poser les questions, son rôle semble assez facile. Toutefois, n’importe qui ne peut pas être un bon maïeuticien.

D’une part, l’offre est rare : en janvier 2060, on compte 34 maïeuticiens agréés en France, et environ 400 dans le monde. Autant dire que la compétition est rude.

D’autre part, être un bon maïeuticien requiert un grand nombre de qualités : aisance à l’oral, sens de l’écoute, bonne mémoire, gestion de conflits (leur interlocuteur perd souvent patience), et bien entendu une excellente capacité d’analyse et de raisonnement. Les maïeuticiens, en plus d’une culture générale sans faille, se spécialisent la plupart du temps dans un domaine spécifique. Leur choix se porte généralement sur la religion, la politique, la philosophie, l’économie ou la psychologie.

Sans compter que poser les bonnes questions constitue tout un art. Même Socrate avait du mal, c’est pour dire.

 

Quel futur pour le psychomaïeuticien ?

Pour l’heure, la psychomaïeutique semble bien se porter.

Malgré une stabilisation de leurs effectifs depuis quelques années, les maïeuticiens ne semblent pas souffrir du désintérêt progressif pour les débats religieux qu’a entraîné la perte de vitesse des grandes religions traditionnelles.

Le Mounoc a pu donner un nouveau souffle à la maïeutique, grâce à la profusion de théories fumeuses (particulièrement chez les ombrilistes) et à la montée du Shadonisme. Beaucoup de Shados ont ainsi été ridiculisés… ce qui a permis aux maïeuticiens de s’assurer le soutien du régime Letigre.

Néanmoins, il est possible (bien que ce soit rare) de tenir tête brillamment à un maïeuticien. Même en étant Shado. Pour preuve, on peut citer le Très Docte Ténèbre en 2057.

Aujourd’hui, toutefois, les maïeuticiens semblent de plus en plus nombreux à se reconvertir dans un nouveau secteur : l’éthique. Les progrès technologiques, les bouleversements sociaux des dernières années et la robotisation semblent assurer un bel avenir à ces icônes intellectuelles du monde post-contemporain.