En regardant des séries comme Gotham ou Game of Thrones, beaucoup d’entre nous pensent : « Au moins, ce monde qu’on me décrit est encore pire que le mien. » Certes. Il faut dire que Gotham City, c’est un peu l’exacerbation de la ville individualiste, bourdonnante, violente, corrompue jusqu’à la moelle, où les maffieux, les puissants sans scrupules traînent littéralement les pauvres dans la boue.

Seulement, le monde où l’on vit est tellement imparfait que, parfois, on pourrait se demander si Gotham City est vraiment une dystopie… ou juste un miroir.

Hypocrisie

Beaucoup d’entre nous souhaitent changer le monde, l’améliorer. Nombre d’entre nous sommes des idéalistes paresseux, avec beaucoup d’idées, mais un emploi du temps chargé, « pas de moyens » ou un manque de confiance bien pratique. On en fait juste assez pour se rappeler que nous sommes de bonnes personnes et qu’au moins, « on aura essayé » : donner l’aumône une fois par an, signer occasionnellement une pétition voire jeter les détritus dans le bon conteneur. Waouh, on se sent tellement mieux après.

Ayant fait notre BA, on pourra d’autant plus légitimement se plaindre : « le monde est pourri », « on ne peut rien y changer », « c’est comme ça », « c’est la vie », « les politiques sont tous des corrompus », etc. Cette espèce de jugement résigné qui s’explique en partie par la flemme pas possible de se bouger le cul, et par une vanité extraordinaire qui fait qu’on veut sauver le monde mais pas à faire plus de « petits gestes » qu’il n’en est besoin.

Certes, quelques-uns font preuve d’un idéalisme un peu plus actif : associations, partis politiques plus ou moins douteux, prosélytes religieux, Nocturnes, écolos allant presque au bout de leurs idées, féminazies, quelques prix Nobel (souvent morts, assignés à résidence et parfois confortablement assis à la Maison Blanche), deux-trois auteurs qui font de leur mieux, poseurs de bombe, etc. L’ennui est que certains ont l’effet totalement contraire.

En fait, on a la sensation qu’IL MANQUE QUELQUE CHOSE.

Ce quelque chose, peut-être est-ce un modèle à suivre ; un symbole. Une personne charismatique qui parvienne à nous réunir, à nous montrer qu’un autre monde est possible, que les puissants ne gagnent pas toujours, que les crimes ne restent pas toujours impunis.

Quelqu’un comme Batman.

Le problème, c’est que les gens comme Bruce Wayne, il n’y en a pas beaucoup.

 

Y a-t-il un Batman pour sauver le monde ?

Batman, justicier nocturne

Batman en action (source : pngimg.com)

Batman, l’homme masqué qui démonte les bandits et les pourris lorsque la nuit tombe. Celui qui répand la peur chez ceux qui tentent de mettre la population à genoux. Il est le justicier nocturne plus fort que ceux qui se croient intouchables, au-dessus des lois qui de toute façon ne valent plus un clou.

Batman fait souvent figure à part dans l’univers des super-héros, parce qu’il n’a pas de super-pouvoirs. À mon avis, il n’en a que plus de mérite, et de crédibilité. C’est juste un humain (certes milliardaire et surentraîné), hanté par ses propres démons, qui fait de son mieux pour améliorer le monde.

Et s’il existait vraiment ? Techniquement, ça n’a rien d’impossible, puisqu’il n’y a pas besoin d’être un extraterrestre ou d’avoir une araignée mutante à portée de main, ou de connaître un scientifique plus ou moins génial et/ou dérangé. OK, pour le scientifique génial, il y a Lucius Fox, donc admettons que je n’aie rien dit.

 

Et si le monde avait un Batman ?

Si le monde avait un Batman (ou l’une de ses variantes : Robin des Bois, Zorro, etc., qui demandent plus ou moins les mêmes pré-requis moraux), peut-être que les choses changeraient enfin. En mieux.

En voyant des barons de la drogue, des politiques corrompus, se faire tabasser puis arrêter, le public enthousiasmé réaliserait que les puissants ne sont pas intouchables, qu’eux aussi ont peur, et que quelqu’un d’aussi cool que Batman se sacrifie pour eux. Ils s’imagineraient qu’ils en valent la peine.

Ce qui nous amène à deux difficultés :

1) Il s’agit d’être un exemple, et non un simple divertissement. Autrement dit, ne pas devenir un vulgaire feuilleton que l’on suivrait jour après jour. Il faudrait que Batman donne envie qu’on suive ses traces. Mais comment être un bon exemple ? Comment être sûr de le rester, de ne pas être perverti par le temps ? Peut-être que, afin que son modèle ne soit pas mal interprété, Batman devrait ne pas tuer, et n’employer la violence qu’en cas de nécessité.

2) Si tout le monde fait son justicier, le chaos est garanti. Donc la police, même dans le cas où elle s’apercevrait que Batman est dans son camp (sauf si la police est corrompue, cela va de soi), la police n’aurait d’autre choix que de poursuivre Batman. Après tout, Batman c’est quelqu’un qui ne suit pas les règles. Il s’introduit chez les gens pour les frapper, les envoie à l’hôpital et parfois, il tue.

Autoriser Batman à circuler en toute liberté, ce serait laisser la voie libre à d’autres justiciers de moindre envergure qui voudraient l’imiter un peu n’importe comment (pour voir des exemples de justiciers un peu tarés et leurs dérives, je recommande la saison 1 de Gotham ; fuyez cependant le reste de la série). Bref, ce serait la pagaille.

Donc, la police doit traquer Batman, qui devra passer sa vie à se cacher, à se protéger d’individus qui ne sont pas ses ennemis mais qui se voient comme tels. Il finira probablement mal. Peut-être dans une cave, torturé et coupé en p’tits morceaux sans que personne ne sache vraiment son vrai nom.

Conclusion : pas facile d’être Batman

Être un justicier tel que Batman demande des moyens, un sens du sacrifice, beaucoup de philanthropie mais aussi de la force, de l’intelligence et une grande férocité.

C’est ce dévouement envers l’humanité, cette générosité qui devrait inspirer. Il devrait encourager la solidarité et la résistance pacifique, en montrant qu’il est possible de sortir d’un système corrompu.

Pour obtenir un tel Batman, il faudrait qu’une personne à qui tout semble sourire accepte de tout risquer pour des gens qu’il ne connaît pas. À défaut, on accepterait un Zorro, cet autre justicier nocturne ; ne faisons pas les difficiles, non plus. Un renard et une chauve-souris, on prend, du moment qu’ils fassent le job. Ou même une chouette.

Un volontaire ?… Personne ? Je m’en doutais.